28/03/2011

Prendre la mesure du malaise

Saint-Remy, le lundi 28 mars 2011

 

 

Monsieur ERNST,

Secrétaire général de la CSC-E,

 

 

 

 

            Je me permets, à nouveau, de vous interpeller suite au courrier qui vous est parvenu dans l’après-midi du 17 mars dernier.

 

            En effet, alors que je suis l’auteur de la lettre que vous avez reçue ce jour-là, vous avez répondu à l’ensemble de mes collègues qui, avec mon accord, l’ont faite leur et m’avez laissé sans retour.

            Je constate donc, tout comme pour nos revendications, le néant. Il s’agit probablement, à nouveau, d’une « rumeur fallacieuse ou d’un ukase », selon vos termes ! Je ne fais, pourtant que m’en tenir aux faits : un courrier envoyé de ma part et aucune réponse reçue. Il n’est pas dans mes intentions de polémiquer à ce sujet mais bien de vous faire prendre conscience, si cela est possible, du dédain dont vous faites preuve, une fois de plus, à l’égard de notre groupe catégoriel.

 

            Cette précaution oratoire étant prise, je vais maintenant réagir point par point à la réponse que vous avez envoyée à mes collègues, sous forme d’un courrier non personnalisé (Ils ont eu la gentillesse de me la transférer).

 

            Lorsque vous vous nous rappelez que « s’affilier à la CSC-E, c’est adhérer à un projet d’école pour réfléchir et agir sur la politique d’enseignement », je vous rejoins entièrement. Cependant, pour pouvoir mener à bien ces tâches importantes, il faut, et vous semblez l’oublier, un Directeur fort, un Directeur soutenu, un Directeur reconnu et un Directeur aidé. C’est en ce sens que nous avons osé nos revendications. A l’heure où certains de nos enseignants, dont nous reconnaissons bien volontiers la pénibilité de leur tâche, peuvent, eux, laisser la place à la jeunesse, à la fraîcheur et la créativité, nous sommes, nous, obligés de continuer, au détriment de notre santé et de la santé de notre école !

            Je me permettrai de reprendre une phrase d’un de mes jeunes collègues : « Lorsque le Directeur tousse, c’est toute l’école qui est malade ! ». A entendre vos différentes interventions dans la presse écrite ou parlée, je ne perçois jamais cette reconnaissance de la lourdeur de la fonction de direction. Dans votre dernier périodique, pas une seule ligne n’est consacrée aux Directeurs alors que des négociations sectorielles sont en cours et que nous sommes, malgré vous, très concernés.

 

            Vous dites également que « c’est se donner la possibilité d’être aidé dans sa vie professionnelle ». A votre avis, que demandons-nous actuellement ? Avez-vous le sentiment d’appliquer, pour l’instant, à notre égard, ce que vous  prônez si bien ?

            Pour ma part, je pense qu’il est temps que vous puissiez mettre en cohérence ce beau projet avec votre ligne suivante qui s’occupe de « tous les travailleurs et particulièrement les plus fragilisés ». Qu’entendez-vous par là ? Ne ferions-nous pas partie de cette catégorie peu enviable, celle des plus fragilisés ? Ne serions-nous pas des travailleurs ?

            Je constate, au quotidien, le nombre de mes collègues atteints de maladies graves dues à l’exercice de leur profession, le manque de candidats à la relève, le stress qu’apporte chacun d’entre nous lors des réunions, la difficulté de conjuguer l’administratif, le relationnel et le pédagogique sans une véritable aide, le manque de valorisation salariale, … Que vous faut-il de plus pour admettre que, malheureusement, nous appartenons, avec d’autres, à une catégorie de travailleurs, non seulement fragilisés, mais déjà bien malades ? Comme ils ont de la chance, ces autres (puéricultrices, maîtres spéciaux de religion, …), car à juste titre, vous vous en préoccupez !

            Au contraire, je lis, dans chacun de vos articles, une phrase « assassine » envers les Directeurs. Si cela représente les valeurs de la CSC-E, alors, je serai heureux de ne plus y adhérer !

 

            En ce qui concerne l’état des lieux relatif aux négociations sectorielles que vous nous dressez, permettez-moi de vous dire que votre réponse est tout simplement insultante vis-à-vis de notre profession.

 

            En effet, comment oser nous annoncer, sans en rougir, que nous allons, peut-être, recevoir deux dixièmes supplémentaires pour poursuivre l’alignement de notre barème sur celui du Directeur de DOA ? Depuis 2008, nous avons reçu trois dixièmes. Or, si mes calculs sont exacts, cela ne fait toujours que cinq dixièmes ! Devons-nous vraiment vous remercier et être contents ou devons-nous continuer à nous battre ? Sachez que nous apprécions beaucoup la dérision mais qu’à certains moments nous atteignons, comme chacun, nos limites.

            Lorsque vous dites que nous sommes les seuls, hormis les petits salaires, à recevoir une valorisation barémique, vous oubliez que nous l’avons obtenue en 2008 et qu’elle n’a jamais été appliquée dans son entièreté (actuellement 3/10). Il s’agit de propos démagogiques qui ne nous dupent plus !

 

            Comment nous satisfaire que les moyens accordés à l’aide administrative restent en l’état ? Vous suggérez un groupe de travail pour « se pencher sur les moyens d’utiliser les dispositifs actuels ». Que pensez-vous que nous avons fait jusqu’à présent ? Comment croyez-vous que nous avons essayé de gérer une aumône ? Comme toujours ! Grâce à notre abnégation, notre conscience professionnelle et … notre habitude à nous contenter de rien ! Veuillez croire, Monsieur le Secrétaire Général, que le groupe catégoriel des Directeurs n’attend pas des négociations sectorielles pour travailler mais qu’il souhaite profiter de celles-ci pour se faire exister.

            Si je fais le compte des résultats obtenus concernant nos revendications spécifiques, je déplore que nous n’existons pas pour vous ! Vous avancez qu’une école ne peut être dirigée à mi-temps mais, parallèlement et sachant cela, vous défendez les départs anticipés des enseignants. Vous creusez, dès lors, le fossé des aménagements de carrière propres aux uns et aux autres, vous renforcez les inégalités. Est-ce en cohérence avec votre projet d’aide à tous les travailleurs ? Je vous laisse seul juge !

 

            Vos propos relatifs aux directions qui solliciteraient plusieurs filières sont simplement faux ! En effet, nous sommes des enseignants ayant un mandat particulier et contractuel au sein de nos équipes et, en ce sens, nous ne nous substituons JAMAIS à l’employeur. Nous exerçons des tâches au service de notre école et nous avons des comptes à rendre à nos PO par rapport à celles-ci.

            Lorsque nous interpellons notre fédération, c’est en qualité d’experts mais jamais en celle d’employeur. Dans mon courrier, je vous invitais à changer vos représentations. Je m’aperçois, une fois de plus, que le chemin sera long !

 

Enfin, affirmer que la CSC-E prend en compte nos spécificités, nos demandes et jouer sur une ambiguïté possible, me semble bien plus fallacieux, au sens propre du terme, c’est-à-dire trompeur, que lorsque nous affirmons que nous ne sommes pas entendus et défendus. Pour chaque argument que vous avez mis en avant dans votre réponse, je vous ai apporté un fait qui l’infirmait. N’est-ce pas suffisant à vos yeux ?

 

Votre réponse, Monsieur le Secrétaire général, je l’aurais souhaitée rassurante, faite de compréhension et de reconnaissance. Je n’y ai trouvé que suffisance et mépris !

 

Aussi, comme je vous l’annonçais, j’ai décidé de suspendre mes cotisations puisqu’il ne me sert à rien d’entretenir un organe qui me méprise et ne me défend pas (je suis déjà très heureux lorsqu’il ne m’attaque pas !. J’assumerai pleinement ma décision et me tournerai vers d’autres qui accepteront de défendre notre si belle profession mise à mal par une CSC-E en laquelle j’ai cru pendant trop d’années. Je crains que mon geste ne soit pas simplement isolé et que beaucoup de mes collègues, mécontents, eux aussi, me suivent. De toute façon, dans ce cas, vous pouvez être certain que rien ne sera fait sans avoir eu recours aux médias et sans avoir fait savoir au grand public les raisons de notre démission.

 

Je vous remercie pour l’attention que vous aurez bien voulu accorder à mon courrier et vous prie de recevoir, Monsieur le Secrétaire général, toute la déception d’un membre désabusé.

 

 

R. MEUNIER

Directeur

10:50 Écrit par Diro débordé | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cap, diro débordé, collège des directeurs |  Facebook |

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